Passer au bioéthanol, une bonne idée pour votre voiture ?

Pointée du doigt, la voiture thermique est maintenant réglée pour disparaître en faveur des modèles électriques. Mais ces derniers sont encore trop chers pour être adoptés en masse. Cependant, il existe une autre solution avec le superéthanol, un carburant qui peut également être décrit comme une alternative et qui est encore inconnue.

Bioéthanol, superéthanol, qu’est-ce que c’est ?

Tout le monde fait la distinction entre diesel et essence lorsque le passage à la pompe s’impose ; mais devant le superéthanol, le mystère reste entier. Derrière le sigle E85 affiché dans certaines stations, on trouve un carburant enrichi : de 65 à 85 % d’alcool d’origine agricole, extrait du maïs, du blé, de la betterave ou de la canne à sucre. Naturellement, inutile de songer à l’E85 si votre véhicule roule au gazole : seules les motorisations essence peuvent en profiter.

La plupart des carburants classiques incluent déjà une petite part d’éthanol (moins de 10 %), mais l’E85 va bien plus loin. L’argument qui frappe ? Son tarif au litre, bien plus doux que le SP95. La différence ne tombe pas du ciel : la taxation reste nettement inférieure (0,183 € par litre contre 0,6629 € pour le SP95-E10). Cela se retrouve à la pompe, et l’éthanol ne subit pas les hausses spectaculaires de certains autres carburants. Prenons un cas concret : en avril 2020, le litre d’E85 atteignait à peine 0,799 € autour de Paris, alors que le SP95-E10 flirtait avec 1,339 €.

Avantages et revers du bioéthanol

L’avantage du bioéthanol ne se limite pas à son effet sur le portefeuille ; derrière la fiscalité allégée, le but est aussi de favoriser un carburant moins polluant. Passer à l’E85 permettrait de réduire d’environ 42 % les émissions de CO2, et jusqu’à 90 % pour les particules fines, principales responsables de la pollution urbaine. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Mais on aurait tort d’évoquer le superéthanol comme une solution parfaite. Ce carburant a ses exigences. Il peut accélérer l’usure sur des moteurs non adaptés ou se révéler capricieux lors des démarrages par temps froid. Un autre paramètre entre en jeu : laissé trop longtemps dans le réservoir, l’éthanol,plus corrosif que l’essence classique,peut attaquer certains composants, en particulier sur les modèles anciens. Les retours d’expérience invitent donc à rester vigilant, surtout pour les moteurs âgés.

Rouler plus vert et à moindre coût ? Attention à la compatibilité

La perspective de passer à l’E85 séduit par son coût, mais il ne s’agit pas de faire le plein à la légère : seules certaines voitures, appelées FlexFuel, sont conçues d’origine pour accueillir ce carburant. La liste des modèles concernés reste limitée, comme la Ford Kuga FlexiFuel ou la Toyota Prius qui proposent cette option directement en concession.

Pour la grande majorité des véhicules essence produits récemment, une conversion reste possible via la pose d’un boîtier homologué E85 ou par reprogrammation moteur. Attention toutefois : utiliser de l’éthanol sans adaptation risque d’endommager le moteur et d’annuler toute garantie constructeur.

Avant d’envisager une conversion, un diagnostic chez un garagiste agréé s’avère nécessaire. Généralement, le coût de cette vérification est remboursé si le boîtier est installé dans le même atelier. Côté budget, le boîtier seul coûte autour de 140 €, mais installation comprise, il faut compter environ 700 €.

Plusieurs types de véhicules sont compatibles avec un boîtier E85 homologué :

  • Compatibilité avec SP95-E10
  • Moteurs Euro5/Euro6 à injection indirecte de moins de 7 chevaux
  • Moteurs Euro5/Euro6 à injection directe de moins de 14 chevaux
  • Moteurs Euro3 à Euro6 à injection indirecte de 8 à 14 chevaux

La reprogrammation moteur, de son côté, attire ceux souhaitant un réglage plus fin. Mais attention : cette opération impose de rouler uniquement à l’éthanol. Un recours à anticiper si la station la plus proche manque à l’appel.

La question de la rentabilité taraude forcément tous ceux qui envisagent le changement. Plus le kilométrage grimpe, plus les économies s’accumulent, même si l’E85 entraîne une légère hausse de la consommation. À titre d’exemple, un automobiliste qui parcourt 10 000 km par an avec une voiture affichant 7 l/100 km au SP95-E10 peut économiser plus de 280 € chaque année. Un modèle diesel à distance comparable offrira un gain autour de 183 €. L’E85 favorise donc clairement les dévoreurs de kilomètres, capables d’amortir la pose d’un boîtier sur quelques mois de trajet.

Dernière étape administrative : après conversion, la carte grise doit être modifiée, une formalité qui reste gratuite dans certaines régions. Ce détail peut faire la différence si vous envisagez la revente.

Où trouver du superéthanol ?

Alors que la recherche d’une borne pour recharger une voiture électrique tourne vite à la mission impossible dans certaines zones, le plein d’E85 se fait en quelques minutes,à condition de repérer une station service équipée. Plus de mille sept cent soixante-dix-cinq stations en France disposent de la pompe, et nombre d’applications permettent d’identifier la plus proche. En cas d’absence, la plupart des véhicules convertis autorisent un dépannage au SP95 ou au SP98 sans souci.

Verdict

L’éthanol ouvre le champ des possibles à ceux qui veulent rouler plus propre sans renoncer à leur liberté de mouvement. Moins polluant que le sans-plomb ou le gazole, ancré dans des ressources locales, et moins brutal pour le portefeuille, il représente aujourd’hui l’option la plus concrète pour réduire la facture kilométrique sans se couper de la route. Pour les gros rouleurs, l’E85 est une alternative solide ; pour les autres, la patience sera de mise avant d’atteindre le point d’équilibre. L’électrique n’a pas encore gagné la partie : avec le bioéthanol, une transition réaliste et mesurable s’installe sur la voie rapide.