Multiplier un olivier ne relève pas d’un exploit réservé aux experts. D’ailleurs, la technique de bouturage s’impose pour trois raisons précises : mieux produire des semis, simplifier la récolte mécanique des olives et accompagner les programmes d’amélioration, qu’il s’agisse de sélection variétale ou clonale.
PROPAGATION À PARTIR DE BOUTURES HERBACÉES
Prélever une bouture herbacée, c’est choisir sur un pied mère sain des rameaux feuillus âgés d’un an, en plein processus de lignification. Sous des conditions maîtrisées, température adéquate, humidité soutenue, la base de la bouture se transforme, donnant naissance à de nouvelles racines. La rhizogenèse s’accélère lorsqu’on trempe la base des boutures dans une solution hormonale adaptée.
Deux types de facteurs sont impliqués dans la formation de ces nouvelles racines
La réussite de la rhizogenèse dépend de deux familles de facteurs :
- Les facteurs dits « fixes » : ils relèvent de la capacité propre de chaque plante ou partie de plante à former des racines, comme les zones subterminales des brindilles. À noter : toutes les variétés ne se valent pas sur ce plan, certaines s’enracinent mieux que d’autres.
- Les facteurs « mobiles » : plus mystérieux, ils incluent notamment le rapport carbone/azote et la présence d’hormones liées au stade de développement de la plante au moment du prélèvement.
INFRASTRUCTURE ET ÉQUIPEMENT
Pour mener à bien cette opération, il faut s’appuyer sur deux types d’installations : la serre à brumisation et la serre de durcissement.
Serre de brumisation
Dans ce type de serre, tout est pensé pour optimiser la multiplication par bouturage herbacé. Les boutures s’installent dans des bacs ou sur des étagères, tandis que les facteurs climatiques se contrôlent à la perfection :
- Chauffage de l’air ambiant et du substrat via circulation d’eau chaude ou résistances électriques,
- Refroidissement assuré par ventilation et dispositifs de refroidissement,
- Humidification quasi saturée grâce à un brouillard d’eau diffusé au-dessus des boutures.
Serre de durcissement
Les jeunes boutures ayant pris racine sous brumisation passent ensuite par une phase d’adaptation dans la serre de durcissement avant d’affronter l’extérieur.
ENLÈVEMENT DES BOUTURES
Le prélèvement s’effectue sur des arbres de référence, soigneusement entretenus, garantissant leur authenticité variétale et un état sanitaire impeccable.
Période d’enlèvement des boutures
Deux fenêtres saisonnières s’avèrent les plus propices :
- Printemps : de mars à avril,
- Automne : de septembre à octobre.
Le meilleur moment correspond à une phase de forte activité de l’arbre. Sur un sujet adulte, on récolte généralement entre 100 et 150 boutures.
PRÉPARATION DES BOUTURES
Pour garantir un enracinement optimal, tout doit aller vite : les boutures doivent rejoindre la serre dans les heures suivant leur prélèvement, car au-delà de 36 à 48 heures, le taux de rhizogenèse chute nettement. Une branche de 40 à 50 cm permet de réaliser trois boutures de 10 à 12 cm, chacune munie de trois feuilles verticales. Les parties basales et apicales sont écartées. Pour faciliter la manipulation, les boutures s’assemblent en paquets de 25.
Traitement hormonal des boutures
La base de chaque bouture est plongée dans une solution d’acide indol butyrique (AIB) concentrée entre 3 000 et 6 000 ppm, pendant 6 à 10 secondes, un geste qui déclenche la formation des racines.
Configuration des boutures
Après ce traitement, les boutures s’installent sur des plaques de multiplication à raison de 500 à 600 unités par mètre carré. Le substrat, composé de perlite ou de vermiculite, reçoit la base des boutures, qui y seront en partie enterrées.
Conditions de l’environnement
Pour maximiser l’enracinement, certaines conditions doivent être réunies :
- Température de la serre entre 21 et 26°C le jour, 15°C la nuit,
- Substrat maintenu entre 18 et 22°C,
- Humidité ambiante frôlant la saturation, à 100%.
Les étapes de la rhizogenèse
Dans cet environnement, le processus suit une chronologie précise :
- Entre le 8e et le 16e jour : formation du cal de cicatrisation,
- Du 16e au 20e jour : premières ébauches racinaires visibles,
- À partir du 30e jour : émission et allongement des racines,
- Au bout de 60 à 80 jours, la bouture possède un système racinaire suffisant.
DURCISSEMENT DES BOUTURES
Une fois les racines bien développées, direction la serre de durcissement. Les racines sont préparées, puis chaque plant est transplanté dans un sac plastique de 1 à 5 litres rempli d’un substrat composé de :
- 60% de terre franche,
- 20% de tourbe,
- 20% de fumier bien décomposé.
- Le séjour au sein de cette serre dure de deux à trois mois,
- L’entretien se limite à l’arrosage et, si besoin, à un traitement fongique.
On sort les jeunes plants dès que la météo le permet. L’écartement recommandé : 0,80 à 1 mètre entre les rangs, 0,40 mètre sur le rang. Les plantes patienteront 12 à 14 mois avant leur mise en verger. Ce calendrier méthodique structure chaque étape du processus.
CONCLUSION TECHNIQUE DE MULTIPLICATION DE L’OLIVIER PAR COUPE D’HERBACÉESOURCE : ITAFV
Les boutures herbacées tirent leur force de leur rapidité, de leur régularité et de leur capacité à booster la production végétale. Elles contournent aussi la difficulté du greffage. Reste que la méthode, à la fois précise et exigeante, réclame une main-d’œuvre compétente et un suivi attentif. Entre promesse de rendement et nécessité de rigueur, chaque rameau coupé dessine en filigrane le futur d’un verger structuré et résilient.

