Mohammad Reza Pahlavi est mort le 27 juillet 1980 au Caire, après des mois d’errance entre plusieurs pays et une prise en charge médicale chaotique. La cause officielle est un cancer du système lymphatique, diagnostiqué tardivement et géré dans des conditions rendues impossibles par l’instabilité politique. L’enchaînement des décisions médicales autour du Shah d’Iran reste un cas d’étude sur les interférences entre diplomatie et soins.
Lymphome du Shah d’Iran : un diagnostic resté flou pendant des années
Le cancer dont souffrait Mohammad Reza Pahlavi a longtemps été décrit comme une maladie de Waldenström, une forme rare de prolifération lymphoplasmocytaire. Des synthèses plus récentes, notamment celle de l’Encyclopaedia Britannica mise à jour en 2025, parlent désormais de lymphome non hodgkinien, ce qui reflète l’évolution des classifications des hémopathies malignes.
Cette ambiguïté rétrospective n’est pas anecdotique. Elle montre que la nature exacte du cancer du Shah n’a jamais été parfaitement stabilisée dans la littérature accessible au grand public. Les deux termes renvoient à des réalités proches mais pas identiques en termes de pronostic et de traitement.
Le diagnostic aurait été posé dès la fin des années 1970, mais le Shah lui-même et son entourage ont longtemps minimisé la gravité de la maladie. Les médecins français qui l’avaient examiné avant son départ d’Iran auraient qualifié son état de « petit problème sans importance », selon les sources de l’époque reprises par la presse française.

Erreurs médicales et interférences politiques dans le traitement du Shah
La prise en charge du cancer de Mohammad Reza Pahlavi a été marquée par une série de dysfonctionnements où la médecine a été subordonnée à la diplomatie. Aucun protocole de suivi stable n’a pu être mis en place, le patient changeant de pays et d’équipe soignante à chaque étape de son exil.
Un traitement fragmenté entre le Mexique et New York
Après son départ d’Iran en janvier 1979, le Shah a transité par le Maroc, les Bahamas, puis le Mexique. Son état s’est dégradé au point de nécessiter une hospitalisation aux États-Unis. L’admission à New York, décidée après de longues hésitations de l’administration Carter, visait à lui offrir un accès à des soins oncologiques de haut niveau.
Cette hospitalisation a eu des conséquences géopolitiques directes. Elle a été perçue comme l’élément déclencheur de la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran en novembre 1979, un épisode qui a duré plus d’un an et redéfini les relations entre les États-Unis et l’Iran.
L’ablation de la rate au Caire et la détérioration finale
Après un passage par le Panama, le Shah s’est réfugié en Égypte en mars 1980, accueilli par le président Anouar el-Sadate. Transporté en hélicoptère à l’hôpital de Maadi, il a subi une ablation de la rate. Cette intervention visait à réduire la masse tumorale, mais son état général était déjà trop compromis.
Une longue convalescence a suivi au palais de Koubbeh, au Caire, entouré de l’impératrice Farah et de leurs enfants. La détérioration s’est poursuivie sans que les soins puissent inverser la progression de la maladie. Mohammad Reza Pahlavi est mort quelques mois après cette dernière opération.
Cancer du Shah d’Iran : ce que la médecine de l’époque ne pouvait pas faire
En 1979-1980, les options thérapeutiques contre la maladie de Waldenström ou un lymphome non hodgkinien étaient limitées à la chimiothérapie classique et à la chirurgie palliative. Les traitements ciblés qui existent aujourd’hui, comme les inhibiteurs de BTK (ibrutinib, acalabrutinib), n’existaient pas.
L’écart entre la prise en charge disponible à cette époque et les protocoles actuels est considérable. Les données disponibles ne permettent pas de conclure qu’un diagnostic plus précoce aurait sauvé le Shah, mais plusieurs facteurs aggravants sont identifiables :
- Le secret médical imposé par des considérations politiques a retardé la mise en place d’un traitement adapté, les médecins étant contraints par la volonté du souverain et de son entourage de dissimuler la maladie
- Le changement répété d’équipes médicales entre chaque pays d’exil (Maroc, Bahamas, Mexique, États-Unis, Panama, Égypte) a empêché toute continuité dans le suivi oncologique
- Les décisions d’hospitalisation ont été prises sous pression diplomatique, pas selon des critères strictement médicaux, ce qui a retardé certaines interventions
Le cas du Shah illustre un problème qui dépasse la médecine : quand un patient est aussi un enjeu géopolitique, le calendrier des soins obéit à la diplomatie, pas à la maladie.

Obsèques du Shah au Caire : un dernier geste de Sadate
Quelques heures après le décès, le président Sadate a annoncé la mort de Mohammad Reza Pahlavi dans un message à la nation, évoquant « un ami et un frère ». L’Égypte a organisé des funérailles avec les honneurs militaires, incluant vingt et un coups de canon.
Ce choix de Sadate était isolé sur la scène internationale. La plupart des dirigeants occidentaux, qui avaient pourtant entretenu des relations étroites avec le Shah pendant des décennies, se sont tenus à distance. L’ancien monarque, après avoir régné pendant trente-sept ans et rêvé de faire de l’Iran une grande puissance, est mort en apatride, accueilli par le seul chef d’État qui a accepté de l’héberger jusqu’au bout.
Le parcours médical du dernier Shah d’Iran reste un cas où la maladie, le pouvoir et la géopolitique se sont entremêlés au point de rendre tout traitement cohérent impossible. La question n’est pas seulement de savoir si les médecins ont commis des erreurs, mais si les conditions réunies autour de ce patient leur laissaient la moindre marge pour en éviter.

